Aliments Fonctionnels

Les cultures santé germent sous la mire des chercheurs en nutrition.

Aliments Fonctionnels

Les cultures santé germent sous la mire des chercheurs en nutrition.

Le phytopathologiste David Sands, professeur à l’université Montana State, s’est donné une mission nutritive. Sa recherche l’a mené à des endroits du globe où la réussite annuelle d’une culture est directement liée à la survie. Les habitants des pays avancés ne meurent pas de faim, mais affrontent aussi leurs propres situations alimentaires de vie ou de mort.

En 2014, plus du tiers des adultes et 17 % des jeunes Américains étaient obèses selon un rapport du National Center for Health Statistics. L’obésité favorise le diabète de type 2, une maladie qu’une personne sur trois risque de développer durant sa vie selon le Center for Disease Control.

Le régime peut aider, mais il peut être difficile d’éviter les aliments réconfortants, comme en témoigne l’industrie multimilliardaire de l’amaigrissement. La solution que prone M. Sands est de modifier la composition nutritionnelle des aliments préférés en visant les cultures santé au lieu des aliments santé.

Gary Iverson, David Sands et Kaitlin McMahon inspectent une avoine à faible indice glycémique/haute protéine.

« Si on donne à quelqu’un qui doit surveiller son taux de sucre une pomme de terre à faible indice glycémique, tous y gagnent, dit-il. Meilleure valeur pour le producteur et meilleur choix pour le consommateur. » Les sélectionneurs ont longtemps visé le rendement mais le moment d’une poussée des composants nutritionnels peut être arrivé.

Selon un sondage global de Nielsen en 2015, les consommateurs, les jeunes en particulier, sont prêts à payer plus pour des produits aux attributs de santé. Les aliments frais, naturels et à traitement minimum ont la priorité. Cette évolution de la sensibilisation et de la demande alimentaire peut être l’amorce qui déclenchera l’intégration de caractéristiques nutritionnelles davantage pondérantes.

Assemblage des blocs. « Les maladies chroniques [diabètes, obésité] sont essentiellement incurables. Il n’existe que des médicaments pour traiter les symptômes, dit M. Sands. Mais le corps peut se guérir si on lui fournit les bons éléments constitutifs. »

Lui et ses collègues cherchent à assembler et livrer ces éléments par les cultures vivrières. Le point central de leurs efforts a été d’accroître la teneur en protéines de qualité et d’identifier les variétés culturales à faible teneur glycémique, haute lysine et haute teneur en acides gras oméga-3.

Ils espèrent avoir un impact sur la santé physique et même cognitive. « Nous allons publier une étude où nous avons fourni un supplément Omega-3 aux étudiants du secondaire, dit Edward Dratz, professeur de biochimie de l’université Montana State. Il a amélioré de façon assez spectaculaire l’attention, la mémoire et le temps de réaction. »

M. Sands travaille à sélectionner des cultivars de tomates à haute teneur en lysine. Il a réussi à sélectionner une variété d’avoine—Protina—sans gluten à haute teneur en protéines et à faible indice glycémique et à identifier des cultivars de pommes de terre à faible indice. Dans le cas des pommes de terre, il n’a même pas eu à sélectionner une nouvelle variété. « Il m’a suffi de trouver celles correspondant aux critères », précise-t-il.

M. Sands espère améliorer la santé en remplaçant ou modifiant les aliments de base. Son avoine perlée à faible indice glycémique est un bon substitut pour le riz.

Son équipe examina 120 cultivars de pommes de terre et les réduisit à six ; Huckleberry Gold, une variété déjà sur le marché, passa le test.

Jeff Bragg a bénéficié de plusieurs façons de cette découverte. Ancien développeur de variétés de pommes de terre pour Green Giant Fresh et présentement sélectionneur et consultant, il avait été diagnostiqué pré-diabétique quelques jours après avoir fait une présentation sur l’indice glycémique à un groupe de la Hollande.

Vu qu’il cultivait déjà la Huckleberry Gold,  M. Bragg fut intéressé à la garder à son régime alimentaire et attiré par ses perspectives de marketing. Mais il n’était pas sans savoir qu’il y avait de gros obstacles à franchir.

« Nous n’avons qu’une seule étiquette nutritionnelle pour toutes nos pommes de terre. Il existe plus de 500 variétés et elles sont toutes radicalement différentes dans leur composition nutritionnelle », dit-il.

C’est donc à lui et aux producteurs qu’incomba le marketing d’un produit santé de qualité supérieure.

Marché primé. Gary Iverson, PDG de Montana Gluten Free, a une avance de 14 ans sur le sentier du marketing d’une culture axée sur la santé.

Montana Gluten Free est propriétaire de l’avoine Protina que M. Sands a aidé à développer. Ils luttèrent pendant la recherche pour la faire identifier comme une avoine sans gluten, ce qui les aida en commercialisation initiale.

« Nous connaissons présentement une croissance explosive, dit M. Iverson. Mais il n’y a pas que le sans gluten. Le marché diabétique nous oriente vers le faible indice glycémique. »

Celui-ci fait de plus en plus de vente en gros d’avoine spécialisée aux transformateurs. « Tout le monde lit maintenant l’étiquette, ce qu’on ne faisait pas il y a 14 ans quand nous avons commencé », dit-il.

Le biotest identifie économiquement la lysine.

Difficulté. La sélection des cultures pour leur valeur nutritive n’est pas facile. « Les agriculteurs sont rémunérés au rendement. Il se mesure par l’amidon, ce qui coûte le moins cher à produire. Les sélectionneurs savent que certaines des plantes les plus nutritives sont moins productives, d’où le conflit, dit M. Sands. Mais les gens lisent l’étiquette. Les cultures plus nutritives auront plus de valeur et tous y gagnent. »

Dans le cas de Protina, M. Iverson dit que le rendement représente 80 % des variétés traditionnelles, mais la valeur est 4 à 5 fois supérieure.

Monsieur Sands essaie de faciliter pour les sélectionneurs l’identification des attributs nutritifs. « Cela doit être économique et facile. Les sélectionneurs ne dépenseront pas 100 $ par test
sur des centaines de variétés », dit-il. Il a identifié une bactérie qui ne peut survivre sans lysine. Si elle croît en présence du jus de la plante, elle produit de la lysine. « Nous pouvons le faire pour 10 cents par variété puis envoyer les candidates prometteuses à l’analyse chimique quantitative », dit-il.

Et il y a le marketing. « On ne peut pratiquer une culture sans un marché. Il faut le développer », dit M. Sands. C’est pourquoi le phytopathologiste travaille avec des économistes et des spécialistes en marketing. « Plusieurs disciplines sont nécessaires pour solutionner ces problèmes, mais nous faisons des progrès. » 

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