Elever la Matière Organique

Cultures de soutien et semis directs à la rescousse.

Elever la Matière Organique

Cultures de soutien et semis directs à la rescousse.

Tu ne sais pas ce que tu as jusqu’à ce qu’il parte, disait la chanson. C’est ce que découvrent plusieurs agriculteurs en se penchant sur la santé de leur sol. Ce qui est parti, c’est la matière organique — typiquement réduite de moitié par rapport aux sols indigènes. C’est possiblement le plus important composant d’un sol de qualité, agissant sur la structure du sol, l’infiltration et la capacité de rétention d’eau, le recyclage des nutriants et bien d’autres facteurs. Si bien que sa protection et sa restauration sont pour plusieurs une question de viabilité.

Dan Gillespie passa aux semis directs sur sa ferme de Meadow Grove, Nebraska, il y a 27 ans pour freiner l’érosion ravageant ses sols en pente modérée. « Le semis direct a aidé — mais même en laissant les résidus en place, il se formait encore de petites rigoles et nous perdions du sol précieux.
Nous avons fait des cultures de seigle après le soja dans notre rotation de 2005, ce qui arrêta l’érosion. Nous avons donc ajouté des cultures de soutien en rotation après le maïs en 2012 », dit-il.

Surveiller l’évolution. Spécialiste en semis direct à temps partiel chez NRCS, M. Gillespie découvrit les avantages des cultures de soutien en participant au programme d’encouragement au semis direct de Lower Elkhorn NRD en 1999. Il préleva pendant cinq ans des échantillons de sol à 5 et 20 cm de profondeur sur cinq emplacements de son champ et continua après la fin du programme. Le graphique ci-dessus trace l’évolution des niveaux de matière organique.

« De 1999 à 2005, la matière organique augmentera d’environ 0,1 % par année. Avec les cultures de soutien après le soja (année 6), le gain augmenta, tout comme après le maïs (année 12). Notre taux est maintenant de 0,2 % par année et en semant directement dans une cultures de soutien en croissance, ce sera encore plus rapide », dit M. Gillespie.

Traditionnellement, les pédologues ont pensé que l’ajout d’un point aux niveaux de matière organique du sol pouvait prendre toute une vie, et le faire en 4 à 5 ans est étonnant. « Certains ne me croient pas, ne comprenant pas l’impact des résidus du semis direct combinés aux cultures de soutien qui nourrissent une population active de micro-organismes du sol », dit-il.

Dan Gillespie du Nebraska constata que les cultures de soutien et le semis direct ont réduit l’érosion et multiplié les micro-organismes accélérant les gains de matière organique.

En Ohio, Dave Brandt, promoteur de la santé du sol, indique des gains annuels d’un demi à trois-quarts de point. Au Dakota du Nord, le spécialiste Jay Fuhrer a observé un ajout d’un point en une seule année avec des cultures de soutien intensives.

Nouveau regard. Devant de tels succès, les chercheurs revoient la façon dont se forme la matière organique. Certains constatent que le processus peut être plus rapide et plus facile qu’on ne le croyait.

« La pensée conventionnelle était que la matière organique est composée de parcelles individuelles de matière organique que les microbes ne décomposent pas entièrement, et pour l’accroître, on ajoutait en surface beaucoup de résidus de récolte à rapport élevé de carbone/azote », dit le professeur de l’université de New Hampshire, Stuart Grandy.

« Nous avons récemment réalisé que cette approche est fausse pour deux raisons. D’abord, nous croyons maintenant que la matière organique est composée de résidus des microbes eux-mêmes et non des résidus qu’ils décomposent. En utilisant des cultures de soutien qui se décomposent plus facilement (brassica par exemple), nous pouvons cultiver les communautés microbiennes qui contribuent le plus au niveau de matière organique », ajoute M. Grandy.

Selon lui, un facteur additionnel est que les systèmes de racines des plantes ont deux fois plus de chances de contribuer à l’élévation que la plante poussant au-dessus du sol. « Le seigle est donc un bon choix de culture de soutien car il a une plus forte masse de racines relativement à la croissance supérieure que pratiquement toute autre espèce. » 

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