La Place des Pollinisateurs

Efforts de restauration d’habitat bénéfiques aux abeilles et aux papillons.

La Place des Pollinisateurs

Efforts de restauration d’habitat bénéfiques aux abeilles et aux papillons.

Alors que Chip Taylor réfléchit sur le sort du papillon monarque, le nombre de 1,8 milliard hante son esprit. Il représente le calcul scientifique de la pénurie de tiges d’asclépiade dont cet insecte iconique a besoin pour rétablir sa population aux niveaux d’il y a à peine 20 ans.

L’asclépiade est la seule source de nourriture pour les chenilles du monarque et cette énorme pénurie de tiges est un facteur qui explique le déclin précipité du nombre de monarques (le tableau de la page suivante représente graphiquement cette tendance alarmante). « L’existence même de la migration du monarque peut être menacée, dit M. Taylor, écologiste entomologiste à l’Université de Kansas et directeur de Monarch Watch. Il faudra une approche systématique pour restaurer l’habitat de chaque aire possible de l’environnement. »

Sort des pollinisateurs. Les pollinisateurs jouent un rôle crucial dans la production du tiers des aliments parvenant à la table. Mais le vingt-et-unième siècle fut très dur pour les abeilles et les papillons. Les colonies d’abeilles sont en chute libre depuis 10 ans, et selon les scientifiques, les abeilles sauvages disparaissent elles aussi — le bourdon, par exemple, fut récemment ajouté à la liste des espèces en voie de disparition. Une chute d’environ 80 % de la population de monarques depuis 20 ans a éperonné l’intérêt du public et du privé pour inverser cette tendance inquiétante.

Plusieurs facteurs ont entraîné le déclin des pollinisateurs, mais la perte d’habitat vient en tête de liste. Le Bee & Butterfly Habitat Fund, un partenariat formé pour offrir aux propriétaires terriens des incitatifs pour incorporer un habitat de haute qualité pour les pollinisateurs, a souligné l’ampleur de la perte d’habitat dans son rapport de 2017. Selon le BBHF, de 2008 à 2011, plus de 9,5 millions d’hectares de prairies, terres humides et friches principalement au centre des États-Unis ont été convertis en production culturale. Une superficie presque aussi grande que l’Indiana.

Dusty Walter inspecte les parcelles pour pollinisateurs à un site de recherche du Missouri.

Quand la terre passe en culture, les pollinisateurs perdent les plantes à fleurs dont ils se nourrissaient. Et M. Taylor souligne que les cultures modernes tolérant les herbicides et les multiples modes d’action utilisés pour la répression des mauvaises herbes ont pratiquement éliminé l’asclépiade des champs de maïs et de soja. Cela est particulièrement important pour les populations de monarques de l’est effectuant la migration annuelle par générations successives depuis les forêts du Mexique jusqu’à l’habitat estival de la zone maïsière.

Prêts à retourner. La bonne nouvelle pour les pollinisateurs est que divers efforts pour rétablir l’habitat sont déjà amorcés. La station agricole expérimentale de l’Université du Missouri fut l’une des premières à amorcer le processus. Elle dirige un système de fermes, centres et forêts fournissant la recherche régionale et la démonstration pour les producteurs agricoles et les directeurs de ressources naturelles.

« Nous avons décidé d’intervenir pour le monarque, dit Dusty Walter qui dirige le Wurdack Research Center pour l’Université du Missouri. Nous avons planté un habitat pour pollinisateurs à plus d’une douzaine de sites. » Ces parcelles de démonstration supportent l’asclépiade et une variété de plantes à fleurs pendant toute la saison de croissance. « Avec les nouveaux programmes disponibles fournissant des fonds partagés, et du fait que les pollinisateurs peuvent aider à accroître les rendements des cultures comme le soja, c’est selon moi une idée géniale pour les agriculteurs d’incorporer à leurs terres un habitat pour les pollinisateurs, dit M. Walter. Tout le monde y gagne. »

L’incitatif. La pratique de conservation appelée CP42 Pollinator Habitat récemment introduite par la Farm Service Agency gagne l’intérêt des agriculteurs. La pratique est conçue pour améliorer et restaurer l’habitat pour les pollinisateurs à importance écologique et économique en fournissant un mélange diversifié de plantes favorables aux pollinisateurs. Elle peut couvrir tout un champ ou être plantée en lisières ou en bloc. La FSA offre un généreux incitatif d’inscription et contribue au partage des coûts pour l’établissement de la pratique. Il y a aussi un paiement de loyer annuel pour la durée du contrat de 10 ans. Les paiements sont basés sur la productivité du sol et s’apparentent au taux de location au comptant.

À la mi-2017, la pratique CP42 avait déjà attiré près de 200 000 hectares de la zone maïsière ; l’Iowa vient en tête avec plus de 80 000 hectares assignés à la restauration comme source d’habitat pour les pollinisateurs.

Le déclin des colonies d’abeilles a été inhabituellement élevé depuis 2006.

Mark Schleisman a constaté que la pratique CP42 cadrait bien avec son entreprise familiale de l’Iowa. « Utilisant nos cartes de rendements et autres outils, nous avons identifié les zones les moins rentables de la ferme, dit-il. Il s’agit des collines, des bouts de rangs et des parcelles irrégulières. Le programme des pollinisateurs fut une bonne façon de les aider à contribuer aussi bien au niveau financier que de la conservation. »

Les Schleisman ont installé la pratique sur environ 28 hectares de leur terre, et pensent en ajouter d’autres. La saison de croissance 2018 sera la troisième année pour certaines parcelles réservées aux pollinisateurs, qui ont été gérées par la tonte pour réprimer les mauvaises herbes. « Nous n’avons pas d’expérience dans la culture des fleurs, dit M. Schleisman. Mais il semble que la troisième année fournira un bon mélange de fleurs pour attirer les pollinisateurs ainsi que les faisans et d’autres animaux sauvages. »

C’est un effort qu’encourage M. Taylor en rappelant le film Jusqu’au bout du rêve. « Construisez-le et ils viendront, affirme-t-il. Si vous le créez, le monarque reviendra. » m

Read more