L’odeur forte du succès

Fumigation des champs à la moutarde forte.

L’odeur forte du succès

Fumigation des champs à la moutarde forte.

Dale Gies et son fils, Joe, ont une solution forte aux défis des producteurs de légumes et pommes de terre du monde entier—des moutardes orientales fortes pour réprimer les nématodes et les pathogènes, et élever la matière organique du sol.

Quand Dale démarra près de Moses Lake, Washington, en 1981, la terre où son père avait arraché l’armoise 30 ans plus tôt était en péril. La matière organique diminuait, la terre s’envolait, l’eau ne s’infiltrait plus et les nématodes et pathogènes dévoraient tout.

« Nous savions qu’après 30 ou 40 ans de culture intense, la qualité et le rendement de nos pommes de terre continuaient de baisser, dit M. Gies. Nous avons réalisé que la qualité du sol diminuait. » Les  Gies essayèrent de trouver des cultures de soutien qui ramèneraient la matière organique sans favoriser les populations de nématodes et de pathogènes.

Attaque au gaz. Les nématodes sont une plaie pour les producteurs de pommes de terre—à peine 3 % de dommages par le nématodes à galles du Columbia (M. chitwoodii) peut coûter à un producteur son contrat.

Les pommes de terre sont si sensibles à une grande variété de nématodes et de maladies que la fumigation est pratique courante au metam sodium (Vapam) et Telone.

Les Gies trouvèrent une recherche du Centro di Riserca per le Colture Industriali (CREA) à Bologne, Italie, où les scientifiques étudiaient les biofumigants—les gaz naturels produits par les moutardes et autres brassicoles qui sont toxiques pour les pathogènes.

C’est la même réaction qui donne son goût fort à la moutarde. Quand on mâche une graine, un produit chimique de la famille des glucosinolates est libéré, et un enzyme appelé myrosinase. À l’union de ces ingrédients en présence d’eau, la myrosinase décompose la molécule de glucosinolate pour former un gaz appelé alleyl-isothiocyanate (AITC)—la substance qui mouille les yeux et brûle les sinus. (De façon intéressante, l’AITC s’apparente au puissant gaz methyl-isothiocyanate (MITC) que le metam sodium forme au contact du sol humide.)

Il y a plus de 140 glucosinolates connus, et certains sont des fumigants de sol bien plus efficaces que d’autres. Les chercheurs italiens ont reconnu que toutes les moutardes ne contiennent pas les mêmes glucosinolates et n’entreposent pas les mêmes composés dans les mêmes tissus de la plante.

Joe et Dale Gies examinent la roquette qui attire les nématodes et augmente l’effet de la biofumigation.

Cibler le sinagrin. Les scientifiques ont ciblé le sinagrin, un glucosinolate particulièrement efficace contre les nématodes et les maladies. Puis ils identifièrent plusieurs variétés de moutardes orientales (Brassica juncea) dont les graines risquaient moins de créer des problèmes de mauvaises herbes lors des saisons subséquentes et qui produisaient de hauts niveaux de sinagrin dans leurs feuilles.

Les Gies ont trouvé ce qu’ils cherchaient. Si bien qu’ils créèrent la compagnie High Performance Seeds et persuadèrent CREA de leur accorder sous licence les droits de culture et vente des variétés B. juncea, une entreprise qui dessert maintenant 25 pays.

Travaillant avec l’agronome Andy McGuire de Washington State University Extension à Moses Lake, les Gies ont comparé des dizaines de variétés de moutarde et roquette lors d’essais jumelés à leur ferme et ont constaté qu’ils pouvaient maintenir les rendements sans Vapam après les cultures d’automne de moutardes orientales.

Selon M. McGuire, les niveaux d’AITC libérés dans le sol par les moutardes orientales ne s’approchent pas des niveaux de MITC appliqués comme fumigant commercial—et d’autres facteurs demeurent inconnus.

« Ils sont actifs de façon très spécifique ou agissent à très bas taux, dit l’agronome spécialisé en systèmes d’agriculture viable. Il peut y avoir une stimulation générale des microbes bénéfiques venant de la moutarde et des autres cultures de soutien. Ce peut être une suppression générale ou spécifique où on stimule un champignon ou une bactérie particulière, disons par exemple le Verticillium. »

Gros résultats. Don Gillespie de Warden, Washington, a essayé la moutarde orientale en 2011 après avoir trouvé des zones de 30 000 M. chitwoodii dans un champ qu’il avait acheté récemment. Il devint rapidement un adepte du programme qui coûte selon lui environ 80 $ l’hectare.

« Où nous avions des nématodes et un compte de 30 000, cela a baissé à 200 après la première application, dit-il. Les endroits à 100 ou plus ont tombé à 50 ou même 0. Je suis passé d’environ 60 boisseaux de blé à 100 l’année suivante. J’ai refait la moutarde et suis passé à 100 à 120 boisseaux. »

Taux réduit. De si grosses réductions de nématodes pourraient révolutionner la production des pommes de terre, là où la pression est énorme pour réduire l’utilisation des produits chimiques. Monsieur McGuire de l’université Washington State note  que les biofumigants pourraient améliorer les programmes conventionnels et même inciter les producteurs à réduire les taux de fumigants.

Il souligne que les biofumigants exigent le même souci du détail que les produits conventionnels, incluant les semis en août—donnant 80 jours de croissance avant l’incorporation—l’application de 100 à 120 livres d’azote par acre plus le soufre, l’irrigation adéquate pour maximiser la production de biomasse, suivi de la déchiqueteuse à fléaux avec pulvérisation mince dans un sol humide.

Dale Gies est tout à fait d’accord.

« Aucune magie ici, fait remarquer M. Gies. Ce n’est pas une culture de soutien ; c’est un biofumigant. Il faut avoir la bonne génétique et la bonne gestion. Il faut avoir la biomasse et utiliser le traitement adéquat. » 

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