L’option du quinoa

« Quand les gros producteurs nous disent qu’ils veulent semer 500 acres ou rien, nous leur suggérons de se faire la main en commençant avec 50. »

L’option du quinoa

« Quand les gros producteurs nous disent qu’ils veulent semer 500 acres ou rien, nous leur suggérons de se faire la main en commençant avec 50. »

Manger du quinoa peut être bon pour la santé mais Wayne Groot vous dira que ce l’est encore plus pour son compte en banque. L’ancienne céréale sud-américaine sans gluten est devenue la coqueluche des consommateurs avec ses hauts niveaux de fibres et de protéines. Et elle offre aux producteurs de blé de printemps une nouvelle option de culture rentable.

Monsieur Groot, un céréalier du comté de Sturgeon, Alberta, cultiva ses 50 premiers acres sous contrat avec Northern Quinoa Production Corporation (NorQuin) pour se mouiller les pieds en 2016. On lui avait prédit des rendements de 800 à 1500 livres par acre et il fut donc ravi de ses résultats de 2000 livres. Le rendement a dépassé toutes ses autres cultures, sauf la pomme de terre de semence.

Malgré toute la publicité, le quinoa demeure un petit marché. La production globale frôlait à peine les 200 000 tonnes en 2014. Le gros de la production vient du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur. « Cette culture présente un fort potentiel de rentabilité mais aussi de risques, dit Derek Flad, directeur de la sélection chez NorQuin. Quand les gros producteurs nous disent qu’ils veulent semer 500 acres ou rien, nous leur suggérons de se faire la main en commençant avec 50. Nous ne voudrions surtout pas qu’ils y perdent leur chemise. »

« Nous sommes passés à 75 acres en 2017, dit M. Groot. Nous espérions cultiver un quart entier en 2018, mais n’avons pu obtenir qu’un contrat de 75 acres. »

Heureusement pour lui. Ses rendements de 2018 ont été décevants en raison de la sécheresse.

Une culture sensible. « Il y en a d’autres qui perdent tout en raison des insectes, dit M. Flad. L’environnement influe beaucoup. Nous disons aux producteurs de viser 1000 livres la première année et d’espérer qu’ils feront mieux les années suivantes. »

Il n’y a pas d’herbicides, fongicides ou insecticides enregistrés pour le quinoa.

NorQuin, qui avait 35 000 acres sous contrat en 2017, est de loin le plus grand producteur de quinoa au Canada. Selon M. Flad, presque toute la production canadienne vient des Prairies. Sa production à contrat va de la vallée de la rivière Rouge, au Manitoba, au nord de l’Alberta. Il y a aussi de petites productions au centre du Canada.

NorQuin n’offre que des contrats de quinoa sous production totale. La compagnie de Saskatoon, Saskatchewan, fournit chaque semence et rachète toute la production durant les mois suivant la récolte.

Monsieur Groot a semé une variété dorée de NorQuin en 2016 et en 2017 mais est passé au mélange arc-en-ciel en 2018. Il ne requiert aucun équipement spécial et peut être semé au semoir pneumatique servant normalement pour le canola.

Pouvant pousser là où on cultive le blé de printemps et l’orge, le quinoa est beaucoup plus risqué selon M. Flad. Le gros problème est qu’il n’y a pas d’options d’insecticides, fongicides ou herbicides enregistrés pour sa production. Il faut donc le cultiver dans les champs les plus propres qui soient.   

« Nos champs sont assez propres grâce à notre production de pommes de terre mais nous devons affronter les cultures spontanées et davantage tenir compte des insectes », dit M. Groot.

C’est une culture très haute qui s’apparente au canola pour la fertilisation. La culture typique prend de 110 à 120 jours et les producteurs doivent s’attendre à être parmi les derniers à la moisson.

« La moisson est assez facile, dit M. Groot. Nous réglons l’avant de la batteuse comme pour le blé, l’arrière comme pour le canola, et fignolons entre les deux. Vu son prix assez élevé (0,65 $ la livre en 2018), nous préférons laisser un peu plus de balle que de laisser le produit s’envoler. »

Les parasites. Le quinoa est susceptible aux insectes parasites comme le ver-gris, le taupin et le légionnaire bertha, selon M. Flad. Mais il peut être dévasté par le perce-tige tacheté et la scrobipalpa, lesquels sont attirés par le chou gras.

« Le quinoa est un proche cousin du vulgaire chou gras et est menacé par les mêmes insectes, dit M. Flad. On peut arracher un chou gras n’importe où dans les Prairies et trouver l’évidence des dommages du taupin. Nous tentons présentement d’obtenir un enregistrement mineur pour les produits qui les répriment et travaillons avec les entomologistes d’Agriculture Canada pour développer des protocoles de lutte antiparasitaires intégrée. »

La culture est si nouvelle qu’elle n’est pas encore couverte par les programmes d’assurance des cultures. Si vous désirez la pratiquer, vous devez vous occuper de l’assurance. « Sa culture n’est pas aussi facile que le blé ou le canola, dit M. Groot, mais c’est le genre de défi qui me plaît bien. » 

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