Mauvais Endroits

Rôle des insectes indigènes des terres humides sur les rendements.

Mauvais Endroits

Rôle des insectes indigènes des terres humides sur les rendements.

Les agriculteurs astiquent leurs terres depuis de nombreuses générations. Débroussailler, assécher les marécages et semer le plus près possible des chemins pour arriver à optimiser l’efficacité des opérations agricoles.

Mais tout ce temps, ce travail et cette dépense pour éliminer la moindre terre humide sont-ils du meilleur intérêt financier du producteur ? Des études menées par Paul Galpern, écologiste paysager à l’université de Calgary, et d’autres en Europe, suggèrent que la poursuite des champs rectangulaires ouverts et drainés est coûteuse.

Pouvoir de la nature. Selon M. Galpern, pour profiter du pouvoir de la nature, l’agriculteur doit être prêt à accepter les mauvais champs. Il les définit comme étant ceux qui ne sont pas mis en culture d’un bord à l’autre. Ils sont parsemés de marécages incultes, d’arbres et de surfaces pastorales.

« Les agriculteurs s’inquiètent des endroits où vivront les méchants et les parasites, et où se formeront des réservoirs de mauvaises herbes », dit-il.

« Nous n’avons pas l’évidence qu’elles sont mauvaises pour les champs ; seulement une certaine évidence qu’elles contribuent légèrement au rendement.

« Il s’agit des services écosystémiques, ces choses que la nature donne aux gens pour les aider. Il peut s’agir de l’habitat pour les prédateurs et les ennemis naturels des ravageurs qui vivent près des arbres, dans l’herbe ou dans les marécages. Ou encore des abeilles de la terre non touchée par la charrue et qui servent à la pollinisation des cultures. »

De nombreuses études mondiales concentrées en Europe démontrent comment la diversification des cultures, des arbres, des prairies et des marécages contient de bien plus grands nombres et variétés de pollinisateurs et prédateurs que les zones dominées par les monocultures.

Les paysages diversifiés produisent non seulement des rendements un peu plus élevés mais fournissent une répression biologique qui réduit le volume d’insecticides dont on a besoin.

Lieu de repos. « Si vous faites des cultures aidées par des nombres croissants d’abeilles et d’insectes prédateurs pour améliorer vos rendements, il vous faut penser à l’environnement nécessaire à leur survie, dit M. Galpern. Un endroit du champ où ils peuvent compléter des parties de leur cycle de vie. Peut-être leur faut-il un endroit où hivériser, ou trouver une certaine nourriture pouvant pousser à côté de votre culture, mais non pas parmi elle. »

Ainsi, plusieurs des quelque 300 espèces d’abeilles sauvages de l’Alberta ont recours aux abondantes cavités des terres humides des Prairies. Elles y trouvent non seulement l’habitat mais les plantes à fleurs qui leur fournissent une source de nourriture.

Alors que les abeilles peuvent couvrir de longues distances, les prédateurs comme les araignées et les barbeaux ne le peuvent pas.

 

Plus vos champs sont rapprochés de ces mauvais endroits qui sont nécessaires aux insectes, plus l’impact de ces mauvais endroits sera grand.

L’inverse est aussi tout vrai, ajoute M. Galpern. Plus le mauvais endroit ou l’habitat est éloigné de votre culture, plus vous forcez les insectes à voler ou à marcher vers leur destination.

Les grands champs et la possibilité de conduire les machines en minimisant les virages contribuent à une plus grande efficacité.

La question que les chercheurs essaient de déterminer, comme M. Galpern à l’université de Calgary, et Laurel Thompson au collège College de Vermillion, Alberta, est si les avantages économiques des mauvais endroits dépassent l’efficacité accrue des grands champs ouverts.

Les données agrégées des dossiers d’assurance récolte le démontrent sur une base régionale.

« Notre étude pilote révéla ce motif de rendement plus élevé dans le canola situé plus près des terres humides, dit M. Galpern. L’explication pourrait être que les abeilles ou autres animaux vivants dans ces terres humides fournissent les services écologiques. Ce pourrait aussi être une question en rapport avec l’humidité, mais ultimement, les terres humides fournissent définitivement certains services précieux à ces cultures. »

MM. Galpern et Thompson font des études pour quantifier comment la distance des terres humides ou autres mauvaises endroits joue sur le rendement.

Ils espèrent déterminer quelle partie est due à une plus grande humidité du sol et quelle partie est due à l’habitat que fournit le marécage aux insectes bénéfiques.

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