Nouvelles Idèes, Nouveaux Capitaux

L’entreprenariat à la Silicon Valley propulse la technologie agricole.

Nouvelles Idèes, Nouveaux Capitaux

L’entreprenariat à la Silicon Valley propulse la technologie agricole.

Vu de la scène inondée de lumière, l’aréna Rupp bondé de Lexington, Kentucky, est noir et silencieux comme le cosmos. Mais dans cette noirceur, les jeunes entrepreneurs scrutent l’avenir, décrivant leurs visions aux anges financiers, partenaires intermédiaires et agriculteurs qui les aideront à concrétiser leurs idées, à les mettre en marché et à atteindre la stratosphère.

Leurs présentations resplendissent sous les feux de la rampe.

L’événement culmine le programme d’entraînement commercial de trois mois de Pearse Lyons Accelerator organisé par la compagnie de sciences biologiques Alltech. Dans les ateliers et consultations avec les experts de la compagnie, les plans d’affaires sont peaufinés. Des réseaux sont forgés. Les présentations de cinq minutes sont astiquées en vue de la conférence globale ONE d’Alltech, et de nombreuses rencontres ont lieu, là où les entreprises en démarrage trouvent le financement nécessaire à la croissance.

Des programmes de lancement comme Pearse Lyons Accelerator et le concours Foodbytes de Rabobank ont aidé Bethany Deshpande et ses partenaires à recueillir plus de 4 million $ pour la mise en marché de SomaDetect.

« Pour bâtir du neuf, l’aide des autres est incontournable, qu’il s’agisse de producteurs laitiers, d’autres entrepreneurs ou de gens qui comprennent l’agriculture. Ils peuvent vous aider à concevoir et à être incroyablement intentionnel au sujet de votre marché cible, dit Bethany Deshpande, PDG et fondatrice de SomaDetect. Elle dit que son expérience avec Pearse Lyons Accelerator et d’autres accélérateurs d’affaires l’ont aidé au cours des trois dernières années à mettre en marché son système d’alerte et de détection de qualité du lait.

Nouveau modèle. Tout cela rappelle les débuts d’un magnat de Silicon Valley, et pour cause.

Au fil de l’intégration technologique, les compagnies agricoles sortiront plus probablement d’un incubateur d’entreprises que d’un atelier. Et leur financement viendra de sociétés de capital-risque et d’investisseurs institutionnels qui soutiennent d’autres jeunes entreprises. Ces investisseurs s’attendent à ce que les entrepreneurs opèrent dans le même environnement de départ.

C’est un environnement très compétitif. Selon un sondage d’AgFunder News, les investisseurs ne font en moyenne qu’un seul investissement sur 78 propositions qu’ils considèrent.

Une vague d’incubateurs et d’accélérateurs aide les entrepreneurs agricoles à bâtir leurs entreprises. Les incubateurs contribuent à transformer les idées en entreprises. Les accélérateurs aident à atteindre le niveau suivant pour étayer les entreprises naissantes et trouver des capitaux de croissance.

Renske Lynde (au centre, en bleu) cofondateur de FoodSystem 6 rencontre les entrepreneurs et investisseurs à un événement FS6 suite à une série d’ateliers.

La mire agricole. Les programmes traditionnels de départ à saveur agricole incluent Chobani Food Incubator de New York, Shoals Entrepreneurial Center de Florence, Alabama et Royse Ag Tech Incubator de Silicon Valley. Au second niveau, le soutien provient de Startup Accelerator d’Iowa, Yield Lab de St. Louis, et Thrive accelerator de la Californie qui a récemment fait équipe avec la Purdue Foundry, en Indiana.

La mission de certains accélérateurs est de mener l’agriculture vers une nouvelle direction. Les californiens Renske Lynde et Peter Herz voulaient amalgamer leur savoir-faire financier à leur philosophie alimentaire. Ils créèrent l’accélérateur Food System 6 (FS6) pour les entreprises de départ partageant une vision de viabilité, résilience et approche holistique.

Pouvant sembler idéalistes, ils travaillent dur pour que les membres de chaque classe FS6 soient bien équipés pour naviguer les récifs menaçant les jeunes entreprises. Les entrepreneurs sous leurs ailes sont familiers avec les premiers appels publics à l’épargne. Ils ont aussi des compétences de présentation pour faire vibrer les cordes sensibles et délier les cordons de la bourse.

À une rencontre FS6 sur une petite ferme de Sonoma, le fondateur de Healthy Cow, Louis Hui, fait sa présentation près d’un pâturage. Il explique sa transition de la technologie médicale humaine au développement de produits probiotiques bovins après avoir lu sur le scandale de la mélamine de l’industrie laitière chinoise. Il fut frappé par l’importance du lait pour la santé des enfants.

Louis Hui, fondateur de Healthy Cow, est passé de la santé humaine à bovine.

« J’ai vu que la force du service et l’attitude d’une entreprise à penser et agir différemment pouvaient avoir un grand impact sur le monde, dit M. Hui.

Healthy Cow veut accroître le bien-être des vaches, améliorer la production de lait et réduire les antibiotiques. La compagnie travaille à développer des produits probiotiques pour prévenir les maladies du système reproductif de la vache.

« En comprenant le microbiome et ses métabolites, nous pouvons savoir comment prévenir l’inflammation et aborder la santé de la vache selon une perspective holistique », dit M. Hui.

Healthy Cow fut l’une des six entreprises de départ de FS6 en 2019. Elles ont fait leur présentation et des dizaines d’investisseurs les ont écoutés.

L’un d’eux était Robin Bot-Miller, ancien investisseur immobilier dont le père élevait des porcs au Minnesota jusqu’au crash des années 1980. Il tourna son attention vers les compagnies prônant des pratiques d’agriculture viables.

« J’ai eu la chance de trouver des mentors comme Renske ayant une approche holistique de l’investissement. J’apprécie ce que fait FS6 pour aider à éduquer les investisseurs comme moi aux antécédents plus traditionnels », dit-il.

Un aimant à argent. Pour chaque investisseur idéologique comme Herz, Lynde ou Bot-Miller, des dizaines d’autres voient simplement l’agriculture comme une bonne entreprise.

L’agriculture arriva au radar des investisseurs quand les prix des terres et des denrées ont flambé il y a une décennie. Selon AgFunder News, les compagnies d’agrotechnologie ont attiré des capitaux de 16,9 milliards de dollars en 2018, 43 % de plus qu’en 2017. Depuis 2012, le secteur a connu une poussée remarquable de 650 %.

Une partie de cet argent vient de noms familiers en agriculture. Ainsi, Dairy Farmers of America a fait un investissement dans SomaDetect et Healthy Cow. Le National Pork Board aide à soutenir l’accélérateur Midwest Thrive en voulant stimuler d’autres entrepreneurs du secteur du bétail. (Une étude révèle que seulement 95 entreprises de départ s’orientent vers le bétail. Une goutte de 500 millions $ dans le sceau d’investissement de 17 milliards $.) Elanco, Corteva, Trimble et Land O’Lakes appuient aussi le nouveau projet Thrive. Rabobank a établi le prestigieux concours de présentation Foodbytes—appuyé par Coca-Cola et Louis Dreyfus—et le cofondateur de l’accélérateur Terra, qui obtient son financement de Nestlé et d’ailleurs.

Au champ. L’argent enivre et l’attention sur l’agriculture surexcite. Mais l’investisseur Seana Day de Better Food Ventures de Turlock, Californie, souligne que les entrepreneurs ruraux ont d’autres défis à relever.

En 2017, environ 3 des 10 milliards $ de l’investissement en technologie agricole sont allés à des compagnies de technologie au champ. De cela, 2 milliards $ dans des opérations basées en Californie, et à peine 25 % de cela à l’extérieur de la région de la baie de San Francisco (qui inclut Silicon Valley) ou Los Angeles.

Les expériences partagées forgent les liens à un accélérateur FS6.

« La marée commence fort heureusement à changer en termes d’entreprenariat en technologie agricole à l’extérieur des régions urbaines, souligne Mme Day. Mais un large fossé reste encore à combler. On commence à réaliser qu’il faut passer du temps sur les fermes pour pouvoir comprendre ce qui se passe. »

Western Growers Association a voulu chercher une solution en établissant Western Growers Innovation Center à Salinas, Californie. Son directeur Dennis Donohue le décrit comme ‘l’étape après les accélérateurs et les incubateurs’, le lieu où les innovateurs trouvent le contexte pour leur entreprise avec des gens tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Les membres du centre—producteurs de fruits, légumes et noisettes—cherchent des solutions pratiques pour l’efficacité et la qualité de l’eau, et pour la main-d’oeuvre et la protection des cultures.

Il dit que les clients des innovations agricoles peuvent souvent aider les jeunes compagnies ne répondant pas toujours au modèle traditionnel et peuvent aussi en guider le développement.

« Les producteurs peuvent définir leurs problèmes d’une façon bénéficiant aux entrepreneurs, investisseurs et ultimement, euxmêmes en devenant co-créateurs », dit M. Donohue.

Dans la culture de départ, le secteur agricole attire les grands esprits de l’entreprenariat. Elle crée également des occasions pour inspirer les jeunes penseurs pour faire avancer l’industrie dans laquelle ils ont grandi.

Attirer les jeunes. « On parle beaucoup du défi d’attirer les jeunes vers l’agriculture. Mais nous n’allons pas les attirer à moins que ce soit cool », dit Robbie Walker, responsable de la croissance européenne d’Alltech et mentor pour Pearse Lyons Accelerator. « Les jeunes ne cherchent pas une carrière stable, ordinaire ou statique. Ils veulent quelque chose qui bouge, quelque chose qui viendra uniquement de la technologie agricole. »

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