Or Du Yukon

Cultiver au nord du 60e demande du courage.

Or Du Yukon

Cultiver au nord du 60e demande du courage.

Il est très facile d’oublier l’immensité du Canada si l’on habite dans le sud mais c’est vraiment ce qui définit l’entreprise de Steve et Bonnie Mackenzie-Grieve, la ferme Yukon Grain Farm. Ils ont adapté sa production à leurs cultures de céréales et de légumes sur 120 hectares en bordure du lac Labarge, à environ 30 minutes au nord de Whitehorse, Territoire du Yukon, pour utiliser de façon concurrentielle l’isolation de la région.

La ferme du couple étant à une latitude nord de 61°, on peut certainement parler d’éloignement des sentiers battus. Le plus proche fournisseur d’engrais est situé à Fort St. John, Colombie-Britannique, à 16 heures de route. Le plus proche concessionnaire John Deere est à Dawson Creek, C.-B., 4 heures plus loin. Whitehorse et Edmonton, la grande ville la plus proche, sont aussi éloignées que Winnipeg l’est de Toronto. Vu la distance, toute expédition coûte très cher. Mais cela donne aussi au couple un avantage de marketing auprès des 25 000 personnes, 70 % de la population du -Yukon, qui habitent à Whitehorse.

« Un parcours de 1600 km nous sépare du plus proche acheteur de grain et nous avons donc établi notre ferme en fonction de ce que le consommateur local veut et achètera, dit Steve Mackenzie-Grieve. La moitié de notre production — avoine, orge, blé et pois — est destinée à l’alimentation des porcs, des pondeuses, des poulets et des chevaux pour les éleveurs de la région. L’autre moitié est en cultures de pommes de terre, betteraves, choux et carottes pour le supermarché Independent de Whitehorse. Nous produisons aussi la moitié des pommes de terre consommées au Yukon. »

« C’est risqué et coûteux pour Loblaw’s d’amener ici des carottes, des pommes de terre, des betteraves et des choux par camions réfrigérés venant du centre de distribution de Calgary, Alberta, dit Steve. Des camions gèlent ou se renversent chaque année sur l’autoroute. Nos livraisons hebdomadaires au magasin sont bien plus pratiques pour eux. »

Steve et Bonnie Mackenzie-Grieve sèment de la moutarde à enfouir pour la répression des mauvaises herbes un an avant leurs semis de pommes de terre ou de légumes.

Juste à temps. C’est aussi plus facile de s’adapter à la demande quotidienne, ajoute Steve. Le magasin Independent a besoin d’un préavis de 3 jours pour s’approvisionner au centre de distribution du sud. Calgary est à deux heures de route à deux conducteurs. Mais depuis que Yukon Grain Farm a construit ses installations d’entreposage sophistiquées, ils peuvent nous appeler le matin pour avoir le même jour quelques tonnes additionnelles de pommes de terre, carottes, ou quoi que ce soit.

Le territoire du Yukon est plus grand que nature dans l’esprit des Canadiens. Il évoque des images de la Ruée vers l’or du Klondike des années 1890. Le romantisme, l’avidité, les dures épreuves et le risque toujours présent du froid mortel ont fait l’objet des poèmes de Robert W. Service et des romans de Jack London.

Même l’emplacement de leur ferme en bordure du lac Labarge, rappelle la Ruée vers l’or. C’est le site de ce poème anglais bien connu, The Cremation of Sam McGee, que les étudiants anglais du secondaire étudient encore de nos jours. Le couple, comme quiconque d’autre n’est pas membre d’une des Premières Nations, déménagea au Yukon en provenance du sud. Ils s’étaient amourachés de la région durant leurs vacances de chasse et de pêche. Quand ils découvrirent en 2001 qu’une parcelle de terre partiellement développée était à vendre, la décision d’achat fut prise.

« Nous savions que nous aurions une nature sauvage dans notre cour, des caribous, des orignaux, des moutons de Dall, des ours et des loups, dit Steve. L’endroit est propre et beau et la faune nous entoure. Mais je n’avais pas pensé à quel point il serait risqué de pratiquer l’agriculture ici. »

C’est une région très sèche et la culture du maïs sans irrigation est difficile. La saison de croissance estivale est magnifique mais le temps est froid et humide aux semis du printemps et aux récoltes d’automne. Leur calendrier cultural est marginal. Il peut geler après le 15 août et la gelée meurtrière arrive à la première semaine de septembre. Ils font tout pour accélérer la croissance des cultures.

La Yukon Grain Farm de Steve et Bonnie Mackenzie-Grieve produit la moitié des pommes de terre du territoire.

« Nous ne pouvons pas attendre que les mauvaises herbes lèvent avant nos semis du printemps, dit Steve. Chaque journée perdue au printemps l’est aussi à l’automne. La grosse crainte est une forte bordée de neige en septembre qui aplatirait tout. »

Leurs rendements d’avoine et d’orge sont à peu près les mêmes qu’ailleurs au Canada. Mais ils sacrifient délibérément un peu de rendement à la rapidité. Ils limitent l’engrais et arrêtent l’irrigation plus tôt pour devancer le gel.

Ruée vers la récolte. Les journées raccourcissent très vite en septembre. Il faut donc travailler à pleine épouvante pour essayer de sortir la récolte avant le froid. Ils commencent par les céréales dès que la batteuse peut passer, s’occupant plus tard du séchage. Il y a un bon marché pour les petites balles de paille, mais il est souvent difficile de presser avant la neige. Toute paille non pressée l’automne doit être déchiquetée au printemps ; le sol est si froid qu’il n’y a aucune action bactérienne pour la décomposer.

Les Mackenzie-Grieve ne peuvent pas honnêtement dire qu’ils avaient planifié la direction que prendrait leur opération. Mais ils sont prêts à profiter des occasions qui se présentent à eux. Le facteur qui limite le plus la croissance de leur ferme est la petite taille du marché du Yukon.

« L’endroit est si petit que nous devons maintenir le contact étroit avec nos clients pour réussir, dit Steve. Je ne dirais pas que nous faisons des tas d’argent, mais ça va. Nous fournissons de bons emplois et une bonne nourriture pour le territoire et cela nous apporte un bon degré de satisfaction. 

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