Place a la Blockchain?

La technologie sous-jacente de la cryptomonnaie peut révolutionner le marketing agricole.

Place a la Blockchain?

La technologie sous-jacente de la cryptomonnaie peut révolutionner le marketing agricole.

Les consommateurs s’attendent à ce que les supermarchés, les restaurants et les services alimentaires vendent des produits sains. Statistiquement, l’approvisionnement du Canada n’a jamais été plus sécuritaire mais la méfiance règne. Pas étonnant avec de plus en plus de rappels créant la perception que l’achat d’aliments frais est plus risqué.

Ils veulent aussi plus de transparence pour ne pas être déçus ou trompés par les étiquettes ou les produits. Les experts estiment que la fraude alimentaire coûte de 30 à 65 milliards $ par année.

La technologie blockchain qui rend possible la cryptomonnaie telle que Bitcoin peut être la solution. Techniquement, c’est l’un des nombreux programmes de grand livre distribué, tout comme Microsoft Excel n’est qu’un des nombreux tableurs disponibles.

Les programmes de grand livre distribué créent des enregistrements numériques inviolables lors de chaque transaction avec un produit de la chaîne. Chaque lien codé par horodatage est partagé et stocké sur de multiples serveurs. Quiconque a accès à la chaîne peut consulter les données.

Le client peut scanner le code QR avec son téléphone pour retracer l’aliment de la ferme à l’assiette.

Double entrée. « La façon simple de décrire la blockchain est d’utiliser une métaphore ; c’est essentiellement une double entrée pour la tenue des livres du 21e siècle », dit Evan Fraser, directeur de l’institut Arrell Food, et chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire mondiale à l’Université de Guelph en Ontario. « Mais au lieu des entrées au tableur d’un seul ordinateur qui peuvent être volées, perdues, corrompues ou faussées, elles sont sur un serveur décentralisé. Donc, aucun point unique d’accès ou de défaillance, dans le langage des informaticiens », dit M. Fraser.

« C’est une continuation de la technologie à double entrée, utilisée d’abord à Venise, puis dans les tableurs des années 1980 pour arriver à la technologie du grand livre distribué d’aujourd’hui, dit Rory O’Sullivan, PDG de Grain Discovery, de Toronto. C’est certainement très complexe mais dans sa forme la plus simple, il s’agit simplement de données de tenue et de partage de dossiers. Une version simple de la vérité à laquelle on peut accéder comme un passeport numérique pour un produit. Un simple scan au cellulaire vous mène de la semence à la ferme, à l’élévateur, au transformateur et au détaillant. »

On présente la blockchain comme étant la technologie qui simplifiera les chaînes d’approvisionnement transparentes et entièrement traçables pour chaque produit. Elle recèle des occasions pour les producteurs de vendre directement aux utilisateurs. Elle peut même agir sur le prix en fournissant des dossiers inviolables des pratiques agricoles viables. Mais en dépit du battage publicitaire, les applications agroalimentaires piétinent. Les compagnies et organisations essaient toujours de déterminer la meilleure façon de l’utiliser.

L’Association canadienne des producteurs de semences (ACPS) a collaboré avec la compagnie de M. O’Sullivan à un projet pilote en 2019. Ils ont suivi du marchand de semence jusqu’au marché un lot de semences de soja comestible à identité préservée.

Réalité et fiction. « Comme il existe aujourd’hui beaucoup de mésinformation, nous voulions séparer la réalité de la fiction. Nous voulions voir la comparaison ou le contraste avec ce que nous faisons déjà dans l’industrie des semences, dit Doug Miller, directeur des services de certification et technologie chez ACPS. Nous voulions aussi utiliser la technologie comme nouvelle façon de communiquer avec nos clients de manière différente. »

« Le projet commença avec une semence certifiée d’ACPS. Utilisant notre application, le producteur enregistre la date de semis, les intrants et la date de récolte, dit M. O’Sullivan. L’élévateur, le transformateur et le grossiste font tous des entrées. Le consommateur peut ainsi scanner le code QR de l’emballage pour identifier l’agriculteur. C’est une façon de personnaliser une marchandise. »

Donner à chacun dans les chaînes alimentaires complexes la capacité de suivre les produits d’un endroit à l’autre et de vérifier que tout se passe comme prévu est ce qui rend la blockchain si intéressante, selon M. Evan. Elle favorise un degré de confiance et fournit la transparence pour rendre la fraude beaucoup plus difficile. Et advenant un rappel des aliments, elle permet aussi de déterminer plus rapidement et plus facilement l’origine du problème.

« Le programme pilote a été couronné de succès et nous cherchons à l’étendre au niveau domestique et international, indique M. Miller. Nous l’utiliserons pour intégrer et capter les données variétales spécifiques ; c’est l’information qui est nécessaire pour la conduite des contrats intelligents de l’avenir.

« Nous commencerons avec les programmes d’identité préservée pour ajouter la métrique de la viabilité et arriver à d’autres chaînes de valeur, en commençant avec la semence certifiée. Le potentiel est énorme mais pour nous, c’est de créer une valeur pour nos membres et ceux qui utilisent la semence certifiée », dit M. Miller.

« Les registres numériques comme la blockchain sont une technologie perturbatrice », dit M. Evans. « La traçabilité et les systèmes créant la transparence dans les systèmes alimentaires sont la voie de l’avenir et deviendront omniprésents. Les avantages indirects sont nombreux pour la gestion efficace des chaînes d’approvisionnement. Le secteur agricole devra embarquer pour éviter de finir comme Blockbuster ou Kodak. La technologie peut être excellente pour l’agriculture canadienne mais nous devons être proactifs et non réactifs aux demandes changeantes des consommateurs », dit M. O’Sullivan.

« Si nous pouvons démontrer clairement aux clients que notre chaîne d’approvisionnement n’a rien à cacher, nous pourrons maintenir notre réputation comme pays fournisseur de grain propre, écologique et sain. Et si nous pouvons montrer ce niveau de traçabilité du soja alimentaire au marché japonais, nous avons tout à gagner. Nous ne pouvons concurrencer le Brésil par le volume ou le prix mais certainement en montrant comment et où cette denrée a été cultivée et produite. »

Read more