Plan Radical

« L’agriculture du Marin Carbon Project élève le carbone du sol à un taux qui selon les modèles informatisés pourrait avoir un impact favorable sur le climat. »

Plan Radical

« L’agriculture du Marin Carbon Project élève le carbone du sol à un taux qui selon les modèles informatisés pourrait avoir un impact favorable sur le climat. »

Les agriculteurs du comté Marin, juste en face du détroit Golden Gate de San Francisco, procèdent à une transformation noble et radicale de leurs terres dans le nord de la Californie.

Il serait sûrement approprié de parler d’une vague de fond étant donné que l’océan Pacifique longe toute la côte ouest du comté, mais il serait probablement plus juste de parler de changement radical d’attitude avec un grand C.

Cela fait évidemment référence au carbone et à son symbole chimique, C. Les efforts menés par le Marin Carbon Project, un consortium d’institutions agricoles indépendantes ayant comme mission d’améliorer la récolte du dioxyde de carbone de l’atmosphère afin d’accroître le carbone des terres agricoles et forestières et des grands pâturages libres du comté. Cette approche de récupération du carbone s’étend à travers le Golden State et attire de plus en plus d’attention à la grandeur du pays.

Récolte de carbone. Le ranch d’herbes indigènes Nicasio de John Wick est le foyer du Marin Carbon Project. Lui et son épouse, Peggy Rathmann, ont acheté ce ranch à la fin des années 1990 en se donnant comme mission d’améliorer la santé de leurs sols et de leur ranch, une mission qui a le double avantage d’aider à guérir la planète.

« Le Marin Carbon Project m’a aidé à comprendre que l’agriculture est l’art de la transformation des ressources, dit M. Wick. Nous récoltons le carbone atmosphérique pour créer des hydrates de carbone sous forme de nourriture, carburant, fibre et flore. Ce qu’il y a de particulier est que nous élevons aussi le carbone du sol. En fait, l’agriculture du Marin Carbon Project élève le carbone du sol à un taux qui selon les modèles informatisés pourrait avoir un impact favorable sur le climat.

La sécheresse chronique et les feux dévastateurs centrent la question du changement climatique en Californie.

La question est très politisée mais le fait est très clair — il y a beaucoup de dioxyde de carbone dans l’atmosphère qui n’attend qu’à être récolté.

L’instrumentation jonche les champs de John Wick.

Dans Le Sillon de l’été 2018, nous avons souligné que les motifs pluviaux de la zone maïsière avaient considérablement changé. Selon les experts, les grosses pluies ont doublé depuis l’époque où grand-père cultivait la ferme. Et on peut aussi ajouter que l’air que nous respirons aujourd’hui a lui aussi bien changé.

Pendant des milliers d’années, les niveaux de dioxyde de carbone ont fluctué entre 200 et 300 ppm ; mais en 2013, il est passé à 400 ppm pour la première. Le 14 mai 2018, l’observatoire Mauna Loa d’Hawaï a enregistré un niveau sans précédent de 412,6 ppm de dioxyde de carbone. La dernière fois où nos ancêtres humains ont respiré une atmosphère aussi chargée de dioxyde de carbone remonte à 650 000 ans.

Les experts prédisent que le dioxyde de carbone atteindra un niveau de 550 ppm en 2050, à moins d’une action correctrice mondiale. La raison de cette élévation est qu’environ 60 % des émissions de combustible fossile restent dans l’air.

On demande de plus en plus à l’agriculture mondiale d’aider à extraire ce carbone additionnel de l’air et à le recycler dans le sol. Walt Jehne de Healthy Soils Australia a pris la parole au collège agricole de Gail Fuller, à Emporia, Kansas, au début de 2018, où il a souligné que le carbone est un élément clé dans la constitution des sols en santé.

Monsieur Jehne a ainsi souligné que chaque gramme de carbone retourné au sol permet le stockage de 8 grammes additionnels d’eau. Chaque gramme de carbone augmente aussi l’activité microbienne, amenant 10 milliards de nouveaux ‘travailleurs’ sous forme de bactéries, champignons et autres éléments vitaux améliorant le cycle des nutriants.

Le carbone organique du sol fait partie du cycle naturel — les sols du monde retiennent environ 2 fois la quantité de carbone trouvé dans l’atmosphère et la végétation — et M. Jehne souligne que le sol peut être une source ou un puits pour le CO2 atmosphérique selon l’utilisation de la terre et la gestion des sols et des systèmes de culture. Il calcule qu’avec une bonne gestion, les sols du monde pourraient bioséquestrer environ 20 milliards de tonnes de carbone par année — assez pour stabiliser la hausse vertigineuse des niveaux de dioxyde de carbone.

Le compost. Le premier effort de John Wick pour améliorer le ranch fut de retirer le bétail pour revenir à l’état sauvage ; mais les espèces invasives et d’autres problèmes lui firent vite abandonner l’idée. Il s’orienta alors vers une gestion soignée du système de broutage prescrit qui éleva la santé de la terre et produisit beaucoup de bœuf.

Il voulait toutefois savoir si ses sols servaient de sources ou de puits au carbone. Il tenta en 2007 de trouver la réponse en contactant le scientifique de l’université de California-Berkeley, Whendee Silver, spécialiste en biogéochimie du sol. Il creusa des fosses et installa divers types d’instruments sur son ranch lui permettant de mesurer soigneusement l’équilibre du carbone.

Les premiers résultats furent décevants ; le broutage soigneusement géré occasionna une perte de carbone au lieu d’une accumulation dans le sol. L’équipe de Marin Carbon Project décida d’ajouter du carbone au système pour voir ce qui se passerait. Ils appliquèrent environ 15 mm de compost sur la végétation des parcelles expérimentales en broutage ; les chercheurs firent un suivi pendant 4 ans.

Loren Poncia suit un plan de ferme de carbone pour son entreprise de boeuf et d’agneau.

Cette seule application de compost a entraîné un changement radical. « Nous avons lancé le système du sol en appliquant le compost sur la prairie, dit M. Wick. Nous avons vu que nous pouvions élever le carbone du sol tout en augmentant la production de biomasse. Et cette application de compost a stimulé la séquestration de carbone des années suivantes. Le système a commencé à s’auto-alimenter sur le carbone, produisant plus d’herbe, stockant plus d’eau et s’améliorant d’année en année. »

Grande échelle. Sa première application de compost remonte à 10 ans. Aujourd’hui, M. Wick multiplie ses efforts tant au niveau de la recherche que de l’implantation du système de récolte de carbone sur ses terres.

La collaboration avec les scientifiques de l’université de California-Berkeley a mené à la production de plus d’une dizaine de documents scientifiques ; ces chercheurs travaillent maintenant à une installation de compost bien équipée du comté Marin, essayant de percer les secrets de la meilleure gestion pour minimiser les émissions de gaz à effet de serre tout en maximisant la séquestration du carbone du sol.

Cofondateur du Marin Carbon Project et directeur du Carbon Cycle Institute, Jeff Creque travaille avec des organismes tels que Resource Conservation Districts de la Californie pour l’avancement de la récolte du carbone. « Nous commençons en créant un plan de ferme de carbone, dit-il. Notre équipe travaille avec l’agriculteur pour évaluer toutes les occasions de réduction des gaz et de séquestration du carbone. »

Le Carbon Management and Emissions Tool (COMET), un auxiliaire de planification développé par les chercheurs de l’université Colorado State et le USDA Natural Resources Conservation Service, ainsi que du Carbon Cycle Institute et du Marin Carbon Project, permet d’en quantifier les bénéfices.

Healthy Soils Initiative de la Californie offre des incitatifs, incluant l’achat de compost aux installations certifiées. « Le compost appliqué favorise la santé et la matière organique du sol, ajoute M. Creque. Il améliore directement la rétention de l’eau comme nous avons pu le voir aux fermes de démonstration. »

Faire une différence. Loren Poncia fut l’un des premiers à développer un plan de ferme de carbone pour son ranch de Stemple Creek Ranch du comté Marin produisant de l’agneau et du boeuf fini à l’herbe. « Nous avons divers projets dans notre plan de récolte de carbone, allant de l’application de compost à la protection des zones riveraines et à la plantation d’arbres servant de puits additionnels au carbone », dit-il.

« Nous avons aussi réensemencé les pâturages avec divers types de mélanges et commençons à utiliser des cultures de soutien. J’aime le fait que nous stockons plus d’eau dans le sol et que nos bêtes ont de l’herbe plus longtemps en saison sèche, poursuit M. Poncia. Nos consommateurs aiment le fait que nous faisons quelque chose pour l’environnement. Les agriculteurs peuvent bénéficier à la planète en influençant ce qui se passe dans le sol. »

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