Plus Avec Moins

L’important n’est pas la quantité mais la qualité de la pâture.

Plus Avec Moins

L’important n’est pas la quantité mais la qualité de la pâture.

Les producteurs laitiers veulent s’assurer que leurs rations ont assez de protéines pour maximiser la production. Mais il y a des différences. Chacune est composée de longues chaînes d’amino-acides, certaines étant plus nécessaires que d’autres à la production de lait. Malheureusement, la distinction n’est pas encore claire.

Que sont les amino-acides ? Selon Hélène Lapierre et Daniel Ouellet, scientifiques du Centre de recherche et développement, Agriculture et agro-alimentaire Canada de Sherbrooke, au Québec, les amino-acides sont comme les lettres de l’alphabet, et les molécules des protéines sont comme de très longs mots. Il y a 20 amino-acides qui peuvent être arrangés de différentes façons pour créer toutes les protéines, tout comme les 26 lettres peuvent servir à créer tous les mots du dictionnaire. Mais comme on ne peut substituer les lettres d’un mot particulier, on ne peut substituer un amino-acide à un autre en voulant créer une protéine particulière.

« Vous ne formeriez peut-être pas beaucoup de mots au Scrabble si je vous donnais 100 lettres au hasard, dit Mme Lapierre, mais si je vous donne exactement les lettres nécessaires, il est alors possible de créer le même nombre de mots avec beaucoup moins de lettres ou de créer plus de mots avec le même nombre. Notre objectif est de déterminer les lettres requises et d’affiner leur approvisionnement dans les rations laitières pour maintenir la production tout en réduisant le coût de la pâture et minimisant l’azote des excrétions. »

Bien que tout le puzzle des amino-acides laitiers ne soit pas terminé, l’image globale commence à prendre forme, dit Mme Lapierre. Ce sont de bonnes nouvelles pour le producteur et pour l’environnement.

Si l’histidine n’est pas un facteur limitatif, les niveaux de protéines peuvent être réduits dans les diètes à base de fourrage.

Les possibilités. Cela peut élever considérablement la rentabilité laitière sans investissements additionnels — mais seulement une ration équilibrée. La ration laitière moyenne au Québec contenait 18,1 % de protéines il y a quelques années. Plusieurs études menées par Lapierre-Ouellet en conjonction avec Doris Pellerin au département des sciences animales à l’université Laval de Québec ont démontré qu’il est possible d’abaisser cette teneur à 16,5 % sans perte de production si la ration contient le bon mélange d’amino-acides. Ceci se traduirait par une augmentation de 4000 $ du troupeau moyen au Québec et une réduction annuelle d’azote urinaire de 17 000 tonnes à la grandeur du Canada.

D’autres études indiquent que la teneur en protéines des rations pourrait même être abaissée avec les bonnes quantités de certains amino-acides cruciaux, ajoute Mme Lapierre. Ainsi, ils ont pu déterminer que les niveaux de protéines peuvent être réduits dans les diètes basées sur l’ensilage de maïs ou un mélange d’herbes et légumineuses. Mais avec les niveaux plus bas, une attention spéciale doit être portée à l’histidine pouvant devenir un facteur limitatif.

Obtenir le bon mélange d’amino-acides pour une vache laitière peut être complexe. En comparaison, le calcul des besoins nutritifs d’un porc est difficile, mais plus direct. N’ayant pas quatre estomacs, les porcs digèrent ce qu’ils ingèrent. Mais dans une vache laitière, jusqu’à 50 à 60 % des protéines digérées sont produites par les microbes symbiotiques du rumen. D’où l’énigme complexe de déterminer le bon mélange d’amino-acides qu’absorbe et dont a besoin une vache laitière.

« Le système digestif de la vache est très dynamique, dit M. Ouellet. Notre recherche examine la dégradabilité dans le rumen et la digestibilité intestinale des ingrédients. Nous pouvons suivre le flux d’azote dans le système digestif puis, de l’absorption aux protéines du lait. Nous pouvons ainsi examiner les facteurs responsables de l’efficacité accrue de l’azote. »

Grand succès. Ceci mena à un de leurs grands succès, le développement d’outils pour estimer l’excrétion d’azote endogène — la portion de la ration servant au maintien de la vache. Ils utilisèrent des isotopes stables d’azote et de carbone pour pouvoir faire le suivi de la progression. Quantifier les demandes des intestins et du foie fut crucial pour déterminer comment l’efficacité d’utilisation des amino-acides pourrait être accrue. Ces organes ne représentent que 10 % de la masse corporelle de la vache mais utilisent presque 45 % de l’énergie qu’elle consomme.

Toute cette information fournit une base scientifique robuste appuyant la tendance à la réduction des quantités de protéines dans les rations laitières. Elle fut intégrée au modèle de formulation que les compagnies utilisent pour trouver l’équilibre optimal entre les besoins de l’animal et ce que la ration laitière lui fournit.

Les vaches plus productives peuvent avoir besoin d’un mélange légèrement différent d’amino-acides dans leur diète. Les vaches donnant de 25 à 30 kg de lait par jour pourraient peut-être absorber leurs besoins de leur diète normale. Toutefois, un modèle d’alimentation pourrait indiquer que les vaches produisant 50 kg par jour ont besoin de suppléments d’amino-acides spécifiques tels que lysine, méthionine et histidine, selon les niveaux déjà présents dans les ingrédients de leur ration. 

Read more