Une Bombe À Retardement

Rafistoler l’infrastructure hydraulique ne suffit plus. Il faut la moderniser.

Une Bombe À Retardement

Rafistoler l’infrastructure hydraulique ne suffit plus. Il faut la moderniser.

Les canaris ne chantent plus.

La défaillance des systèmes d’eau vieux de 100 ans qui sont l’échine de l’agriculture de l’ouest n’est plus une menace. Elle est maintenant amorcée.

Les barrages cèdent, les déversoirs s’effondrent, les tunnels s’écroulent et les rigoles laissent fuir des millions de litres d’eau.

Des nouvelles que Marko Manoukian, le coprésident du St. Mary Rehabilitation Working Group, redoute sérieusement.

Il craint le moment éminent où le système de St. Mary et le Milk River Project viendront s’ajouter à la longue liste des échecs catastrophiques. Tout le nord du Montana central en dépend pour son approvisionnement.

L’irrigateur et agent de vulgarisation du comté Phillips recherche des solutions depuis 17 ans. Les énormes coûts de réparation et les entraves de législation, bureaucratie et juridiction ont bloqué tout progrès éventuel.

Il nous faudrait de 150 à 200 millions $ en travaux pour rattraper le 21e siècle. Ce que nous avons ne se trouverait que dans un pays du tiers monde », dit-il.

Bâti à force de bras et de chevaux, le système transporte l’eau du Glacier National Park sur environ 650 kilomètres pour irriguer 60 000 hectares et approvisionner les municipalités.

Le système inclut sept barrages et des ouvrages de détournement, d’énormes tubes-siphons pour traverser la vallée St. Mary, et cinq descentes pour dissiper l’énergie de l’eau sur 46 kilomètres de canaux. Le tout dans un état lamentable.

L’infrastructure est en état d’urgence, dit Jennifer Patrick, directrice du Milk River Joint Board of Control. Nous ne sautons que de feu en feu. Notre action n’est pas proactive. » C’est cela, le problème.

Bris subit. Rob Posten, directeur du district de Goshen, a vécu ce problème quand un des principaux tunnels s’effondra. L’approvisionnement d’eau de 44 500 hectares du Wyoming et du Nebraska s’arrêta brusquement du 17 juillet au 28 août 2019.

Une perte complète de certaines récoltes et de 50 % ou plus de plusieurs autres », dit M. Posten. L’Université du Wyoming a estimé à 89 millions de dollars la perte économique totale pour la communauté.

Le district a obtenu un prêt du Bureau of Reclamation et tiré des fonds d’ailleurs. Une réparation temporaire a coûté 2 millions $.

Direction de l’Oregon. L’État a été un foyer de conflit d’irrigation ; Klamath en particulier. Et pourtant, les agriculteurs de la région entrevoient un meilleur avenir pour l’irrigation. Ils ne veulent pas seulement réparer mais moderniser.

Malgré l’investissement minime en modernisation, c’est un triple gain », dit Julie Davies O’Shea, cofondatrice et directrice exécutive de Farmers Conservation Alliance (FCA), un organisme sans but lucratif visant une infrastructure hydraulique de la prochaine génération.

Selon elle, la modernisation est gage de livraison d’eau fiable et de meilleure qualité, d’habitat pour la faune et de génération d’énergie renouvelable.

Au lieu de rafistoler, FCA aide ses partenaires à voir loin et penser grand. Au remplacement d’un canal ouvert par un tuyau pressurisé, pourquoi ne pas ajouter la fibre optique ou des génératrices hydroélectriques ? Ces idées allègent le gros problème—l’argent.

Un gain. Marc Thalacker, agriculteur de l’Oregon, directeur du district d’irrigation de Three Sisters et conseiller de FCA, est impliqué depuis longtemps et pousse la modernisation de l’infrastructure depuis 23 ans.

Marc Thalacker, agriculteur de l’Oregon, devant la claie Whychus Creek Farmers Screen, un élément de la modernisation d’irrigation de son district. Photo par Aaron Hewitt.

À mon arrivée comme directeur, on s’apprêtait à ramener la truite arc-en-ciel et le saumon rouge. Les agriculteurs qui avaient asséché la rivière depuis 100 ans étaient dans une situation qui allait mal tourner », dit-il, parlant de la chicane de l’eau.

En utilisant le financement de EQIP, il les incita à passer aux systèmes pressurisés qui réduisent l’utilisation d’eau. Détournant l’attention vers la modernisation, l’opposition a été forte et les poursuites commencèrent.

Il commença avec les agriculteurs de bonne volonté. Remplacer les canaux par des tuyaux gravitationnels élimina les pompes. « Une économie de 25 000 $ pour une ferme de 80 hectares », dit-il.

Et il n’y avait plus d’eau ; l’infiltration faisait perdre 55 % d’eau au vieux système.

Nous détournions une tasse d’eau et en perdions une moitié. Avec le tuyau, à peine trois-quarts et aucune perte d’eau », dit-il.
Une augmentation de 25 % pour les agriculteurs et un surplus d’eau de 25 % revenant à la rivière pour le poisson et l’habitat.

M. Thalacker espère que ces bénéfices réduiront les poursuites qui entravent le progrès.

Son district a presque terminé sa modernisation avec l’aide de FCA. Les tuyaux pressurisés réduisent les dépenses de la ferme et les coûts de maintenance du district. Les revenus de trois génératrices intégrées aident au remboursement des prêts.

Les épargnes des agriculteurs infusent des millions dans l’économie locale », dit-il.

Et le gouvernement dépense davantage. Le Farm Bill de 2018 à augmenté la dépense de conservation de 2 milliards de dollars et doublé les fonds du programme EQIP, dit M. Thalacker. « Il faut développer un plan des bassins versants et de mise en oeuvre du système. Après quoi, vous mettez les choses sur papier et commencez graduellement à faire vos demandes de fonds.

Aide utile. La FCA fut formée pour vendre une claie à poisson créée par Farmers Irrigation District. Ils aplanirent les obstacles pour faciliter la vente puis investirent les profits pour améliorer les autres systèmes d’eau.

Il y a eu les questions de permis, la planification et d’autres et nous n’étions qu’une pièce de l’ensemble. Ces gens étaient des agriculteurs sophistiqués mais avaient besoin d’aide », dit O’Shea. FCA détourna l’attention.

Ils travaillent avec les districts pour exposer le besoin, obtenir les fonds, ordonnancer les projets, examiner l’avenir et mener le tout à exécution.

C’est critique. « Il faut bâtir une proposition de valeur ; comprendre que la modernisation de l’irrigation dépasse la sécurité agricole. C’est l’un des plus grands projets environnementaux. Tous y gagnent », dit-elle.

Le temps fuit à la goutte pour St. Mary Group. Ils espèrent être bientôt entendus.

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